ET SI ON VOULAIT DEFENDRE L’IRAN, QUELS ARGUMENTS ?

Je suis un drogué de la presse écrite. Mais de mémoire, je n’ai jamais vu un grand quotidien français essayer (si ce n’est de défendre) au moins de comprendre l’Iran. Tous les articles sont sans appels, stigmatisants, accusants, très souvent de la manière la plus gratuite qui soit. Je me suis donc essayé à un exercice non dénué d’intérêt: prendre les principaux points de frictions, et essayer d’y trouver des arguments allant dans le sens de l’Iran. C’est habile de ma part, car le résultat est étonnant…

Oui, l’Iran est un grand pays, un Etat-Nation historique, cohérent et fier, qui fait le pont entre deux continents. Il résista non seulement aux Ottomans, mais aussi aux Européens et à leurs épopées coloniales. Aujourd’hui plus que jamais, son rôle stabilisateur est précieux dans une région plongée dans le chaos.

Afin de faire contrepoids à l’hégémonie de nos médias nationaux, permettez-moi de reprendre dans les grandes lignes les reproches qui lui sont faits, afin de m’essayer à un début de défense : les Droits de l’Homme dans un premier temps, avant de voir que la question nucléaire est plus profonde qu’elle n’en a l’air. Enfin, nous nous attarderons sur l’accusation de terrorisme.

Les Droits de l’Homme ou le Droit des Hommes ?

Les Droits de l’Homme compris en occident sont de deux ordres : la propriété des fruits de son travail, et l’intégrité de son corps physique[1]. Victimes de leurs contextes, ils ne concernent pas le Droit à la santé, à l’éducation ou à la sécurité sociale[2]. Les textes des pays du nord sont tous semblables dans cette idée. Mais dès le XIX siècle, des critiques se firent entendre de la part des religieux bien sùr, mais aussi de Karl Marx, Jean-Jacques Rousseau ou encore Pierre-Joseph Proudhon. Tous considèrent que le progrès humain ne se fait que grâce à la collectivité et à la solidarité collective, génératrice de richesse, et donc de Droit. Sans renier le caractère universel de John Locke, ils estiment que le progrès ne saurait exister sans progrès sociaux permis par une certaine soumission de l’individu au groupe.

Les Chartes des Droits de l’homme Africain comme Arabe, le Consensus de Buenos Aires en Amérique latine, également victimes de leurs contextes[3], vont toutes dans le même sens : l’importance du groupe dans le développement : l’ascendance du Droit des Peuples sur les Droits de l’Homme. C’est une véritable rupture idéologique qui apparait [4]. On parle de seconde génération de Droits de l’Homme. D’ailleurs, en temps de guerre, ces droits collectifs limitant les libertés individuelles sont acceptés dans un souci de préservation. Même l’article 2 C de la Convention Européenne des Droits de l’Homme intitulé « Droit à la vie » permet la répression violente des émeutes et insurrections. Au nom de la stabilité, et de la paix, des droits collectifs.

Excepté sa frontière nord-est, l’Iran est encerclé de conflits asymétriques. Le chaos général qui symbolise la région que ce soit en Afghanistan et au Pakistan, mais aussi en Irak, en Syrie et dans les montagnes Kurdes, aurait balayé un Etat faible, déstructuré par une abondance de libertés individuelles. Non seulement l’Iran est resté stable, mais il a en plus gagné une indépendance stratégique. L’Iran tient, et si il tient c’est parce qu’il est soudé par un projet commun qu’il puise dans une histoire plurimillénaire. Stable, l’Iran est la dix-septième économie mondiale malgré un embargo économique draconien depuis 10 ans. En acceptant de renoncer à certaines de ses libertés individuelles, le peuple Iranien a gagné la paix, l’indépendance et une certaine prospérité qui est pourtant attaquée de toute part. Un palmarès incroyable au vu de l’histoire moderne.

Il semble que l’exemple Afghan ait montré que la stabilité et la sécurité sont plus importantes que la contestation idéologique d’un mode vestimentaire. Dans le contexte Iranien, les Droits collectifs priment sur les libertés individuelles.

La question nucléaire, un écran de fumée ?

L’histoire nucléaire de l’Iran commence en 1957, quand les Etat- Unis signent un partenariat de coopération dans le cadre du programme « Atoms for Peace». La technologie nucléaire étant le nec plus ultra de la recherche scientifique, l’ayatollah Khomein en fait la pierre angulaire de sa légitimité et un enjeu de fierté nationale.

Les déclarations publiques vis-à-vis d’Israël sont certes violentes, mais il est nécessaire de les remettre dans leur contexte. Car si il y a bien une seule chose (et peut-être la seule) qui soude politiquement tout le Moyen Orient, c’est l’animosité populaire à l’égard d’Israël, qualifié de sioniste et assimilé au racisme. Ce n’est pas de l’antisémitisme. C’est l’aboutissement idéologique du tiers-mondisme dans sa contestation de la colonisation occidentale.

Mahmoud Harmadinejad était un coutumier du fait, Tayyip Erdogan ne s’est pas trompé, et Abdel al-Sissi devra y passer s’il veut gagner sa légitimité populaire. Au Moyen-Orient, la position diplomatique vis-à-vis d’Israël fait figure de critère pour distinguer les Grands hommes d’Etat. Les dernières élections en Turquie, Tunisie, Maroc, Egypte, Palestine et Lybie en sont la preuve. Il faut distinguer un discours médiatique  « populiste » de la « realpolitik ».

L’Iran a été accusé de dissimuler ses installations nucléaires aux inspecteurs de l’Agence International de l’Energie Atomique, et plus généralement de refuser de coopérer. Le pays a un potentiel économique et scientifique incroyable, qui remettrait en cause la géographie régionale voire mondiale. Le nucléaire est à la pointe de la recherche scientifique, et un des enjeux est justement d’interdire la recherche expérimentale à l’Iran (position soutenue par la France et Israël), une certaine vassalisation technologique que le pouvoir Iranien juge inacceptable.

Mais ne nous voilons pas la face. Il y a seulement deux Etats qui ont peur d’un Iran puissant. L’Arabie Saoudite d’une part, qui pèse peut lourd en matière de moralité international, et Israël de l’autre. Les autres nations comme la France accusent l’Iran par alliance interposée. Il est donc légitime de faire la série de remarques suivante :

Israël n’a jamais signé le traité de non prolifération nucléaire. L’Iran si. Israël n’a jamais permis d’inspection sur son territoire. L’Iran, si. Comment imposer à l’Iran une politique qu’Israël balaye dédaigneusement des deux mains ? L’Iran n’a jamais déclaré vouloir posséder des armes atomiques[5], ni fait d’allusions faisant état d’une bombe nucléaire sur Israël[6]. L’Iran n’a jamais ni exterminé ni expulsé une partie de sa population. L’Iran n’a jamais mené d’attaque à l’extérieur de ses frontières[7]. L’Iran n’a aucune prétention territoriale. L’Ayatollah Khamenei a édicté une fatwa interdisant la fabrication, le stockage et l’utilisation d’armes nucléaires[8], qu’est ce que l’on peut attendre de plus de la part du chef spirituel d’un régime théocratique ?

Qui terrorise qui ?

Le soutien de l’Iran au Hezbollah est connu et assumé. Groupe militaire formé en résistance à l’invasion israélienne dans le sud Liban puis politique pour la défense de la minorité chiite au Liban (27% de la population qui comptait parmi la plus marginalisée et dépolitisée), le Hezbollah réussit à s’imposer comme un acteur crédible sur la scène politique libanaise, jusqu’à nouer des alliances avec des groupes chrétiens pour des élections nationales. Si le soutien de l’Iran dans la propagation de la « révolution islamique » est une réalité idéologique (comme l’est celle de la propagation des Droits de l’Homme depuis les Lumières), les résultats semblent maigres en 45 années d’existences. Une fois que l’on évacue le Hamas et le Hezbollah, que reste-t-il de ce soutien au Terrorisme ?

La fameuse prise d’otages à l’ambassade est bien documentée comme l’acte d’un groupe d’individus agissant de leurs propres initiatives, récupéré certes, mais pas institué par le pouvoir. L’Iran n’a jamais été à l’initiative d’un conflit ouvert depuis 1979, et ce que l’on connaît sous les noms de djihadiste, salafiste et autres al quaidisme sont sunnites, soutenus par le Golf, allié de la France. S’il y a des contacts politico-religieux entre les deux confessions, il ne saurait y avoir de coopération militaire.

Pourtant, l’argument fait encore recette, et le grand public tombe dans le piège. En matière de stigmatisation, l’Iran a montré qu’il est capable de s’allier avec des régimes politiques, des confessions et des ethnies différentes voir traditionnellement ennemies (avec les Frères Musulmans, à travers le Hamas par exemple), tout en ayant des relations conflictuelles avec des alliés qui lui seraient naturels (l’Azerbaïdjan est également chiite, mais les relations sont très tendues). En matière de fanatisme, on fait mieux.

Et au fond, n’est ce pas cette même « communauté internationale » qui, stigmatisant l’Iran, soutiendrait le terrorisme ? Israël à déclenché deux guerres au Liban (1982 et 2006) et trois à Gaza (2009, 2012, 2014). Les Etat-Unis sont allés en Somalie (1991), Irak (1991 et 2003), Afghanistan (2001), Lybie (2011) et en Syrie (2011) ou, avec la France glorieuse, déjà rassasiée des dunes malienne, s’en va traquer la bête immonde.

Alors, qui terrorise qui ?

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s