HAMAS : DE LA VIE A LA SURVIE

Le HAMAS est un acronyme signifiant « zèle ». Cette organisation provient d’une scission dans la branche palestinienne des Frères Musulman. Ces derniers, faiblissant face à la force technologique Israélienne, en vinrent aux compromis. Mathématiquement, une partie importante de sa base fit scission pour créer cette organisation militaro-politique. Le HAMAS. Le Fatah « laïque », corrompus et décrédibilisé a depuis de nombreuses années déjà renoncé à ses promesses. Le Hamas « islamique » reprend la « libération de la Palestine » à son compte, en y ajoutant la force d’une foi sans faille en Dieu.  

Une monté en puissance hégémonique dans la bande de Gaza

C’est en 2004 que le Hamas participe à ses premières élections, les municipales. Mais c’est pendant les législatives de 2006 qu’il s’impose véritablement. Il obtient 74 sièges (45 pour le Fatah) sur 132. A Gaza ville, c’est 56% contre 36%. Une raclée. Du jour au lendemain, l’aide international est bloquée, les salaires ne sont plus versés, Israël se fait plus menaçant, et les occidentaux mettent en garde le futur gouvernement qui devrait, selon la Loi fondamentale du proto-Etat, être dirigé par un représentant du parti dominant : le Hamas donc. Mais la vieille garde du Fatah héritière de Yasser Arafat (mort en 2005) n’entends rien lâcher et refuse de se mettre sous ses ordres. Les conséquences sont désastreuses. Une guerre civile éclate entre les deux mouvements. Il y aura 600 morts.

Le 8 février 2007, sous l’égide de l’Arabie Saoudite, les deux parties s’entendent dans le cadre de l’Accord de la Mecque. Le premier ministre sera bien issu du Hamas, mais les quatre ministères sensibles (ministère des affaires étrangères, défense etc.) seront attribués à des indépendants. Le Hamas aura 6 ministres, et le Fatah 4. Le rue Palestinienne est en liesse, la réconciliation est actée. De leurs cotés, l’Europe se dit « prudente » et les Etats Unis sont silencieux. « Wait and see.. ». C’est Israël qui est furieux. Le gouvernement ne tiendra pas 5 mois, car les troubles recommencent. En juin 2007, dans des circonstances troubles, le Hamas prends le contrôle de la bande de gaza. Mahmoud Abbas (président de l’OLP) dissout le gouvernement d’Union et nomme un indépendant au poste de premier ministre. Cest la rupture. La Loi Fondamentale n’est plus respecté et depuis, il existe deux Etats en Palestine : la Cisjordanie pour le Fatah, et Gaza par le Hamas.

Le 27 décembre 2008 à 10h30, l’opération Plomb Durcie est lancé par Israël et s’achèvera 21 jours plus tard, la vieille de l’investiture de Barack Obama. 1300 morts palestiniens, 13 Israéliens. Depuis 2007 le blocus commercial est total. Au sud, sous la pression de la rue arabe, Moubarak ferme les yeux sur les tunnels de contrebandes. Entre 2008 et 2012, les missiles répondront aux roquettes, les menaces aux injures, et les morts aux morts.

Un destin géopolitique hors du commun. Mais une erreur…

Le Hamas est une organisation religieuse par principe, politique par goùt et nationaliste par calcul. Sa charte délimite en effet ses ambitions à un cadre strictement Palestinien. Toujours membre des frères musulmans (article 2), ils tendent la main à leurs concurrents politiques du Fatah « tant qu’ils ne font allégeance ni à l’Orient communiste ni à l’Occident croisé » (art 24 et 25), et créent un paradigme à trois cercles (article 14) : « La cause de la libération de la Palestine tient à trois cercles : le cercle palestinien, le cercle arabe et le cercle islamique ».

Diplomatiquement c’est fascinant. Avant la guerre en Syrie, le mouvement était financé et activement soutenu par le Qatar (arabe / sunnite), l’Iran (perse / shiite) et la Syrie (laïque). Ses meilleurs alliés étaient les Frères Musulman en Egypte (sunnite) et le Hezbollah au Liban (shiite). A ce titre, cette organisation était en quelques sorte la « clef de voute » du Moyen Orient, et dans une certaine mesure, un facteur d’unité.

Mais alors que le mouvement soutenait Bachar al-Assad par loyauté, ils se sont retrouvés dans une situation intenable. Car Assad (le soutient financier) est en guerre ouverte contre les Frères Musulmans (l’allié idéologique). Les Egyptiens condamnent donc le « dictateur », ce qui met le Hamas dans une situation délicate, ou il est forcé d’abandonner un de ses alliés. Mais lequel ?

Si le mouvement finit par condamner Assad (février 2012)[1], c’est parce que la victoire des Frères Musulmans en Egypte ne faisait à l’époque déjà aucun doute (Morsi remportera les élections présidentielles en juin 2012 avec 51,73% des suffrages). Avec un tel allié à ses frontières, le Hamas pensait surement pouvoir se passer des Iraniens comme des Syriens. Ils condamnant donc Bachar al-Assad. Ismaël Haniyeh a néanmoins officiellement remercié la République islamique pour son soutien politique et militaire lors de l’attaque israélienne sur la bande de Gaza en novembre 2012[2]. De même, certains ténors de l’organisation prennent leurs distances avec la position officielle[3].

Si le calcule politique semblait rationnel, l’histoire en a voulu autrement. Alors que Bachar al-Assad se renforce au pouvoir, l’Iran est sur le point de devenir un partenaire légitime des occidentaux. De son coté, Morsi est renversé par un coup d’Etat militaire dont ses premières actions vis-à-vis du Hamas auront été de détruire tous les tunnels et de la déclarer terroriste. Depuis, la bande de Gaza est asphyxiée, l’échec est total pour l’organisation. C’est sa survie qui est maintenant en jeu.

Un avenir sombre

Considéré comme terroriste par Israël, les Etats Unis et l’Union Européenne (malgré les protestations de Jacques Chirac), l’organisation est aujourd’hui dans une impasse. Dénué d’allié puissants (le Qatar se trouve lui-même dans une position diplomatique difficile), un rapprochement avec l’Iran semble peu probable, risquant de faire capoter des négociations déjà difficiles. L’Egypte leur est définitivement fermé (confirmé par la couverture du conflit en cours par la presse officielle qui soutient Israël contre le Hamas). Le Hezbollah, de son coté, à déjà fort à faire au niveau libanais. Les sources de financements se tarissent, les armes n’arrivent plus, la négociation avec le Fatah devient inévitable.

La réconciliation Hamas-Fatah est donc activement soutenue par le premier, comme voie de réhabilitation, comme par le second, trop content de voir sa légitimité s’accroitre. Mais l’assassinat des trois jeunes Israéliens a changé la donne. Israël accuse le Hamas, et en prend prétexte pour une opération militaire. Pourtant, cet enlèvement ne profite pas au Hamas pour qui, comme nous l’avons vu, l’Union avec le Fatah semblait être sa seule porte de sortie. D’ailleurs, il ne l’a pas revendiqué. Il est vrai qu’il c’est bien gardé de le condamner. Pas plus pour les roquettes tirées depuis la bande de Gaza alors qu’un gouvernement d’Union était en place. Car comme toujours, la politique embourgeoise, et après quelques années de pouvoirs, le Hamas est contesté dans la bande de Gaza par des franges radicales. On y compte la présence du Jihad Islamique bien sur, qui est lui purement militaire, du Hizb ut Tahrir, salafiste et essentiellement politique, ainsi que d’une myriade de groupuscules à la capacité de nuisance certaine. On estime que la branche armé du Hamas ne représente que la moitié des combattants à Gaza. Et il est possible, si ce n’est probable, que d’autre que le Hamas ai eu un intérêt à raviver les tensions avec Israël afin de décrédibiliser le Hamas, peut être pour mieux pendre sa place… Aujourd’hui, le Hamas conditionne la trêve à la levé du blocus à Gaza. Car si il capitule, il sera obligé d’accepter les trois points indispensables à sa réhabilitation internationale : reconnaissance de l’Etat d’Israël ; renoncement à la violence ; reconnaisse des accords d’Oslo. En faisant cela, le Hamas s’autodétruirait, pour devenir un « Fatah bis », et verrait ses militants, comme en 1987, rejoindre des organisations plus actives.

 

L’histoire se répète(ra)…

 

 

 

 

 

[1] En février 2012, Ismaël Haniyeh, premier ministre du Hamas dans la bande de Gaza, prononce à la mosquée Al-Azhar au Caire un discours rompant avec la logique de conciliation entre le régime et l’opposition syrienne initialement adoptée par le mouvement pendant plusieurs mois.

[2] Ismaël Haniyeh, dans une forme d’équilibrisme politique régional, a également remercié à cette occasion l’Égypte de Mohamed Morsi.

[3] Le 3 mars 2012, une déclaration de Mahmoud Zahar, leader du Hamas dans la bande de Gaza, appelant à la neutralité du Hamas dans le conflit syrien, vint quelque peu contredire les propos de Ismaël Haniyeh.

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